Banditisme Talmudique : pourquoi les Palestiniens appellent au boycott des universités israéliennes

Publié le 29-05-2009

Le Guardian a publié l’article suivant du Dr. Amjad Barham, président de la Fédération Palestinienne des Unions des Professeurs et Employés de l’Université (PFUUPE). Le raisonnement qu’il tient aux universitaires britanniques à la veille de leur congrès— qui vient d’adopter une motion en faveur de la campagne de boycott d’Israël cette semaine—, s’adresse bien entendu aux universitaires du monde entier.

"Des universitaires palestiniens ont été encouragés par la solidarité complète avec notre peuple, venue des universitaires et des étudiants anglais – ce qu’atteste l’imaginatif « Mouvement d’occupation des étudiants » qui a fait suite à la guerre barbare d’Israël contre le peuple palestinien de Gaza en décembre et janvier dernier.

Ce que la communauté des universitaires palestiniens attend de leurs collègues internationaux ?

On a parfois suggéré que la solidarité avec les universitaires palestiniens s’exprimerait si on encourageait les liens entre universités anglaises et palestiniennes, afin de renforcer les capacités des institutions universitaires palestiniennes qui ont subi un long siège imposé par le régime colonial israélien.

Quand nous évaluons les formes de soutien universitaires et institutionnelles, nous sentons bien que ce n’est pas suffisant. Des dizaines d’années de vie sous occupation militaire nous ont appris qu’aucun développement viable, y compris dans l’université, n’est possible s’il n’est libéré de l’occupation et de l’oppression.

Nous sommes parfaitement conscients que des intellectuels et des universitaires anglais ont été à la pointe de nombreuses campagnes internationales pour la justice, dont la plus connue et la plus réussie a été la lutte contre le régime d’apartheid d’Afrique du Sud. Ce que nous demandons c’est la cohérence morale : s’il était acceptable pour les universitaires anglais de soutenir sans réserve le boycott universitaire de l’Afrique du Sud avec pour perspective la fin du système d’apartheid, alors la même chose doit s’appliquer dans le cas d’Israël.

Il est du devoir de la société civile de prendre la responsabilité morale de l’isolement d’Israël dans l’arène internationale, selon différentes formes de boycott et de sanctions, pour l’obliger à se plier à la loi internationale et à respecter les droits des palestiniens.

On connaît bien la complaisance des institutions universitaires israéliennes et leur parfaite complicité avec la politique coloniale et raciste qu’Israël conduit contre les palestiniens. Non seulement les universités et les centres de recherches israéliens coopèrent pleinement avec l’établissement de la sécurité militaire via leurs activités de recherche et autres, mais elles ne se sont jamais désolidarisées du régime d’occupation, malgré plus de 40 ans d’étouffement systématique du système éducatif palestinien.

Les universités israéliennes n’ont jamais condamné le système inébranlable et institutionnalisé de discrimination exercé contre les citoyens palestiniens d’Israël dans la politique, la société et évidemment l’université.

Israël et ceux qui le soutiennent ont prétendu que l’appel palestinien au boycott institutionnel ne respecte pas les principes universels de la liberté universitaire. Les Palestiniens trouvent, eux, que cet argument est partial et hypocrite – sans parler du fait qu’il se développe sur des prémisses fausses.

Le fait de privilégier la liberté universitaire en la mettant au dessus des droits de l’homme les plus basiques contredit la simple idée universelle des droits de l’homme, car cela assigne beaucoup plus d’importance à la liberté universitaire d’un secteur de la société israélienne qu’au droits fondamentaux de tous les Palestiniens à vivre dans la liberté et la dignité. Est-ce que soutenir la liberté universitaire – de notre point de vue, les privilèges des universitaires israéliens – est un but plus élevé que la défense de la liberté de tout un peuple vivant sous une occupation barbare et illégale ?

« Un engagement constructif » avec les universités israéliennes nous est souvent suggéré comme mécanisme plus approprié pour affronter l’injustice que nous inflige Israël. Nous avons essayé cette méthode, pour finalement réaliser que tant que les termes de la relation entre les Israéliens et les Palestiniens seront ceux d’un occupant et d’un occupé, d’un opprimé et d’un oppresseur, ce processus n’aura pour résultat que de normaliser l’occupation et laver les atrocités israéliennes aux yeux de l’étranger.

Je peux donner pour exemple mon expérience personnelle. Alors que je traversais l’un des centaines de checkpoints militaires sur le chemin de mon université, j’ai été arrêté par un soldat israélien qui se trouva être un collègue mathématicien d’une université israélienne. Mais notre confraternité s’arrêta là : il me dit que je pourrais traverser le checkpoint à condition de répondre correctement à une question mathématique ! Quelle sorte d’engagement peut-on avoir, ici ?

En ce qui concerne l’accusation selon laquelle le boycott est discriminatoire, c’est complètement faux. L’appel palestinien au boycott est institutionnel ; il ne vise pas les universitaires israéliens individuellement et ne peut pas être, par conséquent et en aucun cas, « discriminatoire » . Soutenir et appliquer le boycott n’empêche nullement les universitaires israéliens de participer aux conférences et projets de recherche internationaux, tant que ces projets eux-mêmes n’ont pas de liens institutionnels avec les universités et les centres de recherche israéliens.

De plus, s’inscrivant dans les valeurs et les principes universels, l‘appel au boycott adopté par une majorité écrasante de la société civile palestinienne rejette toutes les formes de discriminations raciales et de racisme, dont l’islamophobie et l’antisémitisme.

En définitive, nous reconnaissons et apprécions infiniment le soutien constamment en hausse pour le boycott dont nous sommes témoins de la part d’universitaires israéliens, parvenus à la conclusion qu’il n’y a qu’une pression soutenue sur Israël et ses institutions complices qui peut amener une paix juste.

Notre lutte pour la justice et pour la paix est beaucoup mieux soutenue par des actions qui ont pour but de faire cesser l’impunité d’Israël en le forçant à respecter la loi internationale et nos droits. Le boycott est la plus efficace d’entre elles.

Amjad Barham

(Traduit par Carole SANDREL pour CAPJPO-EuroPalestine)

CAPJPO-EuroPalestine

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