Loin des gesticulations européennes à Durban, le témoignage de Martine en Cisjordanie

 

Publié le 22-04-2009

Voici le témoignage de Martine, qui vient de participer à une mission civile en Palestine, et qui montre le vrai visage de l’occupation israélienne au quotidien, du racisme institutionnalisé de l’Etat d’Israël. Oui, nous avons bien dit racisme.

« Je m’appelle Martine ; je suis française, d’origine italienne. Je ne me suis jamais posée la question de savoir si mon identité pouvait être remise en cause ; je ne me suis jamais vraiment dit qu’un jour je serais peut être obligée de quitter mon pays, qu’un jour ailleurs dans le monde je serais obligée de me cacher et de survivre. Je n’ai jamais compris que l’on pouvait refuser à un être humain une identité qu’elle soit de sol, de filiation ou les deux ; je ne peux comprendre qu’un être humain s’installe dans un coin du monde et chasse celui qui y vit depuis plusieurs générations. En 2002, j’ai réalisé, parce que d’autres venaient de le faire (José Bové, Monseigneur Gaillot, Samir Abdallah et beaucoup d’anonymes) que je pouvais aller voir sur place, aller comprendre sur place, questionner sur place, soutenir sur place et revenir témoigner. J’ai donc fait partie de la 15ème mission civile.

En 2009 je me suis engagée sur la 148ème mission avec mes amis de Drôme-Ardèche rejoints par les parisiens de la 149ème mission. Et ce que j’ai trouvé 7 ans après m’a beaucoup inquiétée. 2002 un climat de guerre dominait partout : Les rues de Ramallah étaient défoncées, des immeubles détruits, des traces de balles sur les autres ; dans les rues de Bethléem assiégée, c’était le carnage et l’armée empêchait tout accès au centre ; à Gaza que nous avions pu rejoindre, nous avions dormi sous les tirs incessants de l’armée au dessus des maisons et déjà la situation économique faisait craindre le pire en nutrition, travail, éducation. 2009, l’armée est plus « discrète » ; elle cède sa place peu à peu aux cheiks points à des milices privées mais elle est partout sous couvert de sécurité y compris en Cisjordanie où elle n’a théoriquement rien à faire étant en territoire palestinien. 500 barrages environ et entre Jérusalem et les villes palestiniennes, notamment Nazareth, Bethléem, Ramallah, le cheickpoint a une allure de gare de frontière.

La présence israélienne est insidieuse sous forme de colonies de plusieurs centaines de maisons ou simplement d’un lieu de prière, déclaré ainsi par un rabin sous prétexte qu’un juif, à la vie exemplaire, y aurait vécu. Sous couvert de protection de l’environnement, elle interdit l’urbanisation d’une colline à la demande des Palestiniens, et quelques mois plus tard y rase la forêt et y installe un nouveau quartier juif. Dans la vallée du Jourdain, Israël confisque l’eau (puits, sources, nappe phréatique, fleuve) et la revend aux agriculteurs palestiniens. La catastrophe écologique est annoncée, celle de la disparition progressive de la mer morte. L’armée de l’air sillonne sans arrêt la Cisjordanie, présence persistante et menaçante de l’occupant.

Chaque situation que nous avons rencontrée est un témoignage du harcèlement juridique, religieux, social, policier, militaire, qui est imposé aux Palestiniens, même lorsqu’ils sont citoyens israéliens. Et le plus révoltant, c’est que j’ai constaté que toute la société israélienne participe à ce harcèlement. Des va et vient journaliers des juifs orthodoxes sur le nouveau site religieux inventé et confisqué, appuyés par la police et l’armée, alternant les rondes la nuit, particulièrement le samedi ; du juge en charge du dossier des habitants de Cheikh Jarrah et qui déboute les Palestiniens sous prétexte que les documents nouveaux sont arrivés trop tard alors qu’il a lui-même demandé à les voir, aux provocations nombreuses devant la mosquée de Jérusalem ; de l’entretien régulier qui est fait dans les quartiers habités par des juifs, alors que les autres quartiers sont à peine entretenus (ce contraste est flagrant dans la vieille ville de Jérusalem, lieu de passage incontournable pour les étrangers) ; des routes réservées aux colons et israéliens non arabes pendant que les Palestiniens font de grands détours de plusieurs heures pour aller travailler ou se faire soigner ; des coupures d’eau aux contrôles d’identité inopinés comme je l’ai constaté dans Jérusalem où les commerçants du souk ne sont plus autorisés à mettre à la vente des effigies d’Arafat, par exemple, ou cachent que les céramiques proposées viennent d’Hébron. La hiérarchie verticale, politique, juridique, du haut de l’état au plus petit de ses fonctionnaires trouve ainsi dans un soutien horizontal de quoi quadriller la vie des palestiniens mais aussi des arabes, citoyens israéliens. Car, et je l’ai appris sur mon guide touristique, la nationalité israélienne n’existe pas : on est citoyen israélien, d’origine arabe, juive, …qui parle de racisme ?

Sans faire d’analyse politique dont je serais bien incapable, lorsque je laisse venir les images et les sensations mémorisées, le territoire israélien m’apparaît cerné de barrières, de clôtures, de murs, de miradors, composé de zones réservées, interdites, sécuritaires, mettant en avant comme bouclier des jeunes gens de 18 ans qui ont appris à détourner la tête lorsque vous vous adressez à eux (j’ai pu le faire à El masara) mais lorsque vous captez leur regard parfois, vous n’y trouvez pas la force tranquille du soldat fier et convaincu d’être à sa place. Je n’en tire aucune conclusion sur cette armée composée aussi de criminels de guerre. Israël qui s’enferme, en effet. Qui l’aurait cru alors que j’étais venue chercher la preuve de l’emprisonnement mental et physique des palestiniens ou des arabes, citoyens israéliens.

Quel avenir pour cette nation qui n’arrivera pas à se « débarrasser des arabes » (dixit les palestiniens eux-mêmes), dont les murs et les prisons déjà trop pleines, ne suffiront jamais à ébranler la détermination des palestiniens et leur résistance politique ou sociale. L’absurde pour n’importe quel pays de nier ses composantes diverses jusqu’à légitimer un enfermement de plus en plus étroit qui ne décourage pas, loin de là, ceux que l’on vise en Israël, les Palestiniens. En posant cette question de l’avenir d’Israël, mon souci est aussi de me poser celui des arabes de Palestine. L’état palestinien, où ? Les colonies cernent les villes palestiniennes, s’insèrent entre les villages de Cisjordanie, le mur « coupe la vie en deux », morcelle l’espace vital ; la Cisjordanie n’a plus de contact avec Gaza qui est interdite d’accès même aux humanitaires. Et en Cisjordanie, Fathi nous a montré la difficulté à se relier à l’autorité palestinienne, finalement pas très loin mais impuissante, dans certains lieux, à jouer son rôle pour mettre en place les infrastructures de la vie quotidienne car la présence militaire et policière de l’occupant pèse de tout son poids.

La population se prend en main pour assurer le minimum, particulièrement l’éducation, qui semble être une priorité. Et notre présence, notre aide en « relevant les manches » pour cueillir les olives, construire une école, prend toute sa valeur quand la joie et la reconnaissance des Palestiniens que nous venions jusqu’à eux, se lisent dans leur regard et s’entendent dans leurs paroles et dans la chaleur de la réception qui nous est réservée dans chaque famille. Si eux ne baissent pas les bras, nous ne les baisserons pas non plus ! »

Martine

22 avril 2009 – AFPS – CCIPPP – ISM -CAMPAGNE CIVILE INTERNATIONALE POUR LA PROTECTION DU PEUPLE PALESTINIEN CAPJPO-EuroPalestine

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